• Polisse de Maïwenn

     

    Sous l'oeil attentif de Mélissa (Maïwenn), une photographe chargée d'un reportage, une brigade de protection des mineurs de Paris lutte contre les sévices imposées aux enfants. Nadine (Karin Viard), Fred (Joeystarr), Iris (Marina Foïs), Mathieu (Nicolas Duchauvelle), Chrys (Karole Rocher), Sue Ellen (Emmanuelle Bercot, également co-scénariste), Balloo (Frédéric Pierrot), Gabriel (Jérémie Elkaïm) et Nora (Naidra Ayadi) font face chaque jour à une réalité qui leur est de plus en plus difficile à accepter: leur métier ne changera pas le monde.

    Délaissant le film autobiographique, Maïwenn reprend la forme du documentaire pour plonger le spectateur dans ce métier difficile, malheureusement nécessaire. À travers le portrait de plusieurs mineurs et parents, elle pointe du doigt la fragilité des premiers et l'irresponsabilité des seconds mais n'hésite pourtant pas à retourner la situation. Certaines victimes ne sont pas innocentes. Le portrait que l'on nous dresse des adolescents, persuadés d'être les maîtres d'une société où la sexualité et la violence ont été banalisées, prouve que la réalisatrice ne s'est pas contentée de montrer les faits: elle est aussi allée en chercher les causes.

    À l'image de la photographe d'investigation, nous avons l'impression d'être un observateur extérieur qui découvre les réalités du travail de la BPM. La pluralité des acteurs accentue encore la distance. Ce qui permet à Maïwenn, aidée par une pléiade d'excellents acteurs, de nous amener jusqu'au bout du sujet sans tomber dans l'exagération. L'inverse est également vrai: elle n'atténue aucune situation et laisse son spectateur seul juge. Nous passons du drame à la comédie, du questionnement à la constatation, d'un bureau où est interrogé un pédophile à une soirée entre collègues. Prix du jury au festival de Cannes 2011, Polisse est un film qui parle à la fois au cœur et à la tête.


    1 commentaire
  • The Artist de Michel Hazanavicius

     

    Inspiré de la vie de Greta Garbo et John Gilbert, The Artist reprend la structure du scénario de Une étoile est née de Willian A. Wellman. Dans le Hollywood des années trente, une star du cinéma muet, Georges Valentin (Jean Dujardin, prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 2011), rompt son contrat avec son producteur quand celui-ci lui demande de jouer dans des films parlants. Simple figurante attirée par le comédien, Peppy Miller (Berenice Bejo) va peu à peu monter les marches de la célébrité grâce à l'évolution sonore du cinéma.

    On aurait pu croire que le noir et blanc aurait été l'élément le plus perturbant pour les spectateurs modernes. Mais l'absence de bruits quotidiens (claquement de porte, pas...) est beaucoup plus dérangeante. L'éclipse des voix et bruits, au profit d'une musique emphatique, parfois jusqu'à l'étouffement, ne permet pas autant de subtilités que le parlant. Le film tient en grande partie grâce à l'interprétation lumineuse des deux acteurs principaux qui ont équilibré leur jeu afin d'éviter le style théâtral des comédiens du muet.

    Malgré tout, une question se pose: L'Artiste, comme nous le présente le titre, fait-il référence à Georges Valentin, épris de son Art mais incapable de s'en défaire? Ou est-il le personnage de Peppy Miller, admiratif de la précédente génération mais pourvu d'une grande facilité d'adaptation? C'est peut-être là l'unique subtilité que nous propose Michel Hazanavicius.

    Le parti pris du réalisateur est certes audacieux, pourtant son film n'en est pas moins réservé aux nostalgiques et amoureux du genre.


    1 commentaire
  • La Planète des Singes: Les Origines de Rupert Wyatt

    Afin de trouver un remède à la maladie d'Alzheimer dont son père est atteint, le docteur Will Rodman (James Franco) pratique des tests sur une femelle chimpanzé prénommée Beaux Yeux. Il découvre que le vaccin inoculé à la mère est présent dans le corps du fils avec une toute autre finalité que la guérison. Le jeune chimpanzé, Caesar (Andy Serkis), est doté d'une intelligence surdéveloppée...

    Quelle surprise! Alors que chaque semaine un nouveau blockbuster est lancé, La Planète des Singes: Les Origines ne ressemblent en rien à ses petits frères. Les scénaristes cassent le traditionnel schéma: 30 minutes pour poser la situation de base, puis un élément déclencheur et 1h d'action avec explosions, dialogues moralisateurs et mort du méchant. Alimenté par de nombreuses références au film de 1968 réalisé par Franklin Schaffner, le scénario est ralenti permettant ainsi aux spectateurs de s'attacher aux personnages. Une technique intéressante sachant que le réalisateur Rupert Wyatt a choisi de raconter l'histoire du point de vue des singes. Et c'est là que les effets spéciaux entrent en jeu. Les studios WETA ont utilisé la Motion Capture afin de retranscrire chaque mouvement des primates. La finesse du travail se remarque particulièrement sur les faciès où les émotions sont aussi lisibles que celles d'un visage humain.

    La technique de pointe et l'intelligence surdéveloppée brouillent la limite entre personne et animal. La frontière devient encore plus flou lorsqu'un des singes se met à parler. On en vient alors à espérer qu'ils ne miment pas les vices des hommes mis en lumière dans ce film: la cupidité, l'orgueil, la cruauté...

    À l'instar des autres opus de cette franchise qui propulsaient le spectateur directement dans une planète sous domination simiesque, Rupert Wyatt nous montre l'évolution remarquable des primates, de l'état d'enfance à celui de maître du monde.


    1 commentaire
  • Les Privilèges de Jonathan Dee

    La vie de Cynthia et Adam est toute tracée: un mariage, deux enfants, une situation financière plus que confortable. Rien ne semble leur résister...

     

    Jonathan Dee signe une oeuvre lente et cruelle, comme le sont certaines morts. L'absence de rythme et le grand nombre de personnages secondaires à la vacuité troublante déroutent dès les premières pages. On comprend alors que le manque sera un thème récurrent dans ce roman.

    Tout commence par l'amour exclusif qui unit Cynthia et Adam. Un sentiment si puissant qu'il exclu les enfants de l'univers créé par les parents. Un monde où perdre des millions en bourse n'a aucune conséquence, où la culpabilité d'être riche s'étouffe en courant les cocktails des associations humanitaires.

    À l'adolescence, April et Jonas refusent d'entrer dans leur jeu. Le fils entame des études d'Art et prend le contre-pied du mode de vie princier de ses géniteurs. Il pense trouver dans cette vie de bohème un refuge salvateur. Tandis que sa soeur choisit l'autodestruction, grâce à l'argent de ses parents: drogue, alcool, fréquentations douteuses... Deux manières de se révolter face à l'univers parfait des parents qui maîtrisent chaque incident d'une main de maître. Ils sont pourtant incapables d'admettre leur unique échec: l'éducation de leurs enfants.

    Élevés dans une famille où le principe de survie est de faire mieux que son prédécesseur, April et Jonas vont grandir avec l'objectif de l'emporter sur leurs géniteurs. Mais comment dépasser des parents qui ont tout?


    votre commentaire
  • En 1979, dans une petite ville de l'Ohio, un groupe de pré-adolescents réalisent un film de zombies en vu d'un concours. Mais lors d'une scène qu'ils tournent sur un quai de gare, une voiture entre en collision avec le train. D'étranges événements viennent alors perturber la vie paisible des habitants.

     

    La presse et les critiquent l'ont écrit de toutes les manières: ce film de J.J. Abrams a été produit par Spielberg. Et si vous en doutez encore, le visionage vous permettra d'identifier toutes les recettes du papa d'E.T.: le groupe d'enfants face à une menace alien, la longue scène d'explosion, le monstre insaisissable qui n'apparaît entièrement que dans les dernières séquences... On s'amuse durant tout le film à trouver les ficelles du maître. Heureusement que le spectateur à ce jeu des 7 erreurs car le manque d'imagination (d'audace?) de J.J. Abrams, pour ce défaire de son modèle, se transforme rapidement en ennui.

    Même les personnages principaux n'arrivent pas à nous convaincre. L'histoire dramatique de Joe Lamb (Joel Courtney), garçon discret d'une douzaine d'années qui perd brutalement sa mère, n'arrive pas à émouvoir. Même faille dans le scénario pour le personnage d'Alice Dainard (Elle Fanning) dont le père alcoolique est à l'origine de l'accident de madame Lamb. Le manque d'épaisseur autour des protagonistes vient certainement de l'accumulation de scènes d'action au profit de séquences dialoguées qui auraient permis d'amener une touche de réalisme à ce drame S.F.

    Si Super 8 avait été réalisé par Spielberg, le film aurait été s'ajouter à sa filmographie impressionnante, confirmant encore une fois son talent pour ce genre de cinéma. Mais réalisé par J.J. Abrams, Super 8 a le goût d'un plat mal réchauffé.


    votre commentaire