• Yves Saint Laurent de Jalil Lespert

     

    À 21 ans, Yves Saint Laurent (Pierre Niney) devient l'assistant de Christian Dior qu'il remplacera à la tête de la maison de haute couture à la mort de ce dernier. Amateur d'art et novateur, le styliste réussit avec brio sa première collection durant laquelle il rencontre Pierre Bergé (Guillaume Gallienne), un homme d'affaire éclairé qui devient son mécène.

    Yves Saint Laurent est un film agréable sans soutenir pourtant de grandes ambitions. Car le réalisateur Jalil Lespert s'est laissé porter par la forme conventionnelle du biopic sans chercher la provocation qui a pourtant été le but visé par le génial créateur de haute couture. La mise en scène peu originale s'embarrasse en plus d'une voix off. On se demande d'ailleurs ce qu'elle peut apporter au film, à part une autre lourdeur, puisqu'elle disparaît mystérieusement à la fin, laissant place à des cartons impersonnels. Il y a bien d'autres écueils que le réalisateur n'a pas su éviter mais je ne parlerai que du plus évident. La description de la descente en enfer est beaucoup trop longue. Les scènes de drogue et de sexe s'enchaînent sans réel intérêt, provoquant ainsi une répétition exaspérante. Ceux qui sauve véritablement le film ce sont au final les acteurs. Guillaume Gallienne et Pierre Niney sont d'une grâce lumineuse et Charlotte Lebon réussit enfin à nous faire oublier l'énervante miss météo pour s'imprégner d'un rôle à sa mesure.

    Approuvé par Pierre Bergé, Yves Saint Laurent est malgré tout trop froid et conventionnel par rapport à la vie tourmentée et passionnée de son personnage central. Si le film est techniquement réussi, il est artistiquement raté. Nous attendons donc avec impatience le prochain biopic sur le créateur de Rive Gauche, Saint-Laurent de Bertrand Bonello.

     


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    Dans la banlieue de Bradford, au nord de l'Angleterre, Arbor (Conner Chapman) et Swifty (Shaun Thomas) sont exclus de l'école suite à une bagarre. Meilleurs amis, ils mettent à profit ce temps libre pour aider financièrement leur famille en ramenant des câbles à Kitten (Sean Gilder), le ferrailleur du coin. Si Swifty sait se satisfaire de l'essentiel, Arbor possède un plus grand appétit.

    Grand prix de la semaine de la critique durant la Quinzaine des réalisateurs au festival de Cannes 2013, Le Géant égoïste est librement adapté de la nouvelle pour enfants d'Oscar Wild. Clio Barnard a dépouillé l'original de son univers magique pour nous plonger dans une fable réaliste et sensible. Une adaptation audacieuse soutenue par des acteurs remarquables par la justesse de leur jeu.

    Si de nombreuses critiques ont déjà mis à jour les influences de Ken Loach et Gus Van Sant, ce film m'a d'abord fait penser à Shane Meadows. Il me semble en effet que les décors et l'ambiance l'inscrivent directement dans la veine de This is England. La réalisatrice aborde ici un sujet peut-être moins politique que la montée du mouvement skin-head en Angleterre puisqu'elle ne s'attache pas aux raisons de la précarité des personnages mais aux moyens d'y survivre. Mais elle porte un regard similaire sur ces paysages abîmés par l'industrialisation et sur les habitants de ses régions figées dans le temps.

    Avec discrétion, nous suivons alors deux enfants qui réinventent l'art de la débrouille en allant jusqu'au bout de leurs idées. Tout les oppose pourtant: Arbor est un blondinet chétif, Swifty un brun taiseux. Quand le premier est violence et insolence, le second n'est que douceur et patience. Des amis pour la vie. Leur relation privilégiée va pourtant être mise à rude épreuve à cause d'un animal. Alors que Arbor considère les chevaux comme des outils de travail juste bons à traîner la ferraille qu'il récupère, Swifty se prend d'affection pour un trotteur qu'il entraîne au vu d'une course clandestine. Cette contradiction qui semble séparer les deux amis montre pourtant les deux visages de cette banlieue : la survie et le rêve. La réalisatrice dresse ainsi le portrait délicat de cette amitié sans renoncer au réalisme sociale.

     


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